Bel exemple d'innovation pédagogique que les séances de soutien en français mises en place dans les classes de BTS du Groupe ESA d'Angers (49) en formations initiale et par apprentissage… Dire que le niveau de français des élèves baisse d'années en années devient un lieu commun. Pourtant, il convient de réagir en repensant les méthodes d'apprentissage, car à terme les élèves de tous niveaux (BAC, BAC+ et ingénieur) courent le risque d'échouer à l'examen et surtout de ne pas pouvoir exercer correctement leur futur métier. Afin d'enrayer le mal, les équipes pédagogiques du Groupe ESA leur proposent une « auto-formation encadrée ». |  Jean-Louis Guichet, Baptiste et Marjory (1e année de BTS par apprentissage) travaillent sur un extrait de « Une vie française » de Jean-Paul Dubois (Ed. de l'Olivier, Prix Femina 2004).(Photo : ESA d'Angers)
| « Nous avons soif de combler nos lacunes, de voir ou de revoir nos bases en langue française », affirme Baptiste, inscrit en 1ère année de BTS par apprentissage. Baptiste était fâché depuis bien longtemps avec l'orthographe, la grammaire et la syntaxe. « J'avais besoin d'être responsabilisé pour prendre en main mes difficultés, plutôt que de me les cacher. Aujourd'hui, j'y prends plaisir », avoue t-il. Il fait en effet partie des apprentis qui participent aux ateliers d'accompagnement en écriture mis en place en 2004 au CFA . Ateliers d'accompagnement disent-ils ? Oui, parce qu'il s'agit de remettre dans une dynamique positive des élèves issus pour une grande part de filières professionnelles, où le niveau en français est souvent moins bon (bien qu'il s'avère être aussi préoccupant dans les filières générales). Ateliers parce qu'un cours magistral supplémentaire serait vécu comme une punition. « Leurs difficultés portent non seulement sur l'orthographe et la grammaire, mais aussi sur la compréhension, la structuration des idées, l'expression », explique Odile Ginestet, responsable du CFA . « Il n'existe pas de formule miracle, nous sommes partis à tâtons et avons opté pour une méthode où les jeunes ne seraient pas sanctionnés par une note. Ils devenaient ainsi véritablement acteurs de leur formation. De même, nous avons choisi un enseignant extérieur au Groupe ESA, donc neutre ». A l'issue d'un test de niveau réalisé à la rentrée, les apprentis de 1ère année les plus faibles en français ont été répartis en 3 groupes homogènes, de 10 à 15 élèves, pour bénéficier de cette formule pédagogique originale. Présence obligatoire.
| | Nous savons des choses… construisons notre propre logique |  L'un des groupes d'Agritec (1° année de BTS en formation initiale) piloté par Thierry Coutin : une ambiance détendue pour des élèves responsables, conscients qu'ils doivent progresser.(Photo : ESA d'Angers)
| 17h30 à l'horloge ! Alors que les locaux du Groupe ESA commencent à se vider, chacun des groupes a rendez-vous un soir par semaine en salle informatique avec Jean-Louis Guichet , enseignant vacataire chargé des ateliers en écriture. Là, pendant deux heures, à l'aide d'un logiciel de conception assez ludique, ils manient les mots et les phrases, les accords et les temps, mais aussi s'exercent à lire en s'appropriant véritablement un texte d'auteur, un article de presse, un poème. Concrètement, un extrait de roman où apparaissent les fautes usuelles de 90 % des élèves, s'affiche sur l'écran. A l'aide d'indices classés dans un répertoire (par exemple le nombre de lettres dans les mots concernés), ils essaient de se corriger jusqu'à aboutir au « sans faute ». | Autre exercice, une poésie apparaît progressivement à l'écran, les étudiants essaient de la reconstituer. Dans un premier temps, ils mobilisent leurs facultés visuelles, puis petit à petit émettent des hypothèses de sens permettant la lecture de mots ou de groupes de mots non identifiables. Ils confrontent ainsi leurs capacités d'anticipation de sens aux contraintes du code de la langue écrite. « Nous savons des choses. Émettons des hypothèses. De là, stabilisons nos savoirs et construisons notre propre logique. Pour ma part, je joue le rôle de guide », résume Jean-Louis Guichet.
Alors que ces ateliers ne devaient initialement s'adresser qu'aux 1ères années de BTS, ils ont été également plébiscités par les 2ème années. Deux groupes supplémentaires d'une dizaine d'élèves chacun ont donc été constitués. « J'ai plus confiance en moi face au français, je progresse ainsi dans toutes les disciplines et me prépare encore mieux à l'examen », confie Marie-Agnès. « Notre travail porte sur des textes assez complexes en lien avec notre programme, dans les domaines sociologique, économique ou politique. Ensemble, nous les analysons et en faisons la synthèse. Nous rédigeons également notre mémoire », dit-elle. | | Trouver, ou retrouver, le goût de l'écriture et autres plaisirs minuscules | A Agritec , autre public, autre méthode, mais l'esprit est le même. A partir d'un test en début d'année, une cinquantaine de 1ère année de BTS en formation initiale a été sélectionnée pour participer aux séances de soutien chaque mercredi matin. Deux groupes ont été constitués. Thierry Coutin et Daniel Malheurty ont échangé les élèves inscrits dans leur cours respectif d'expression-communication. Comme une parenthèse dans l'emploi du temps hebdomadaire déjà bien chargé, pendant deux heures, là non plus, pas de notes, pas de sanction. « On n'a pas la pression du programme », remarquent les élèves. Dans les deux salles de classe, l'ambiance semble détendue. Le professeur a délaissé son estrade pour s'installer dans le groupe. Les uns doivent écrire une nouvelle dans laquelle ils imaginent leur retour de stage. Les autres racontent aujourd'hui un petit morceau de vie à la manière de Philippe Delerm dans « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » . | Hier, ils inventaient le texte d'une dépêche de journal à partir d'un titre donné par le professeur. « Nous mettons en commun nos écrits. Puis, ensemble, nous corrigeons les fautes de vocabulaire, orthographe, grammaire, style. L'enseignant nous suggère des pistes pour comprendre les raisons de nos erreurs, nous fournit des outils pour progresser », explique Jérémy, élève de 1ère année. De temps en temps, afin que chacun fasse le point sur ses acquis, on revient à la bonne vieille dictée. Loin de représenter une corvée pour les élèves, ils en sont même demandeurs.
La clef ? Qu'ils trouvent, ou retrouvent, le goût de l'écriture, que l'occasion leur soit donnée de partager avec leurs camarades à travers leurs écrits, une expérience, une impression, un sentiment, mais aussi qu'ils aillent à la rencontre d'auteurs… C'est ainsi qu'ils se réconcilient avec la langue française. | De là, ils mesurent toute l'importance de savoir s'exprimer et écrire correctement, également de lire pour devenir aptes à analyser, comprendre un point de vue, se forger leur propre opinion. Cette démarche s'inscrit dans l'ambition du Groupe ESA : compléter la formation initiale de ses étudiants et les préparer aux examens, mais aussi à leur vie future, tant dans le milieu professionnel que dans leur quotidien. Bénédicte Chopin | Chez nos voisins, la sacro-sainte dictée est aussi de retour.A l'ESEO , 50 % de la promotion des 3èmes années ont été sélectionnés pour suivre 12 heures de soutien en français. Tantôt, on remet la dictée au goût du jour, après un rappel de grammaire. Tantôt, on imagine une histoire à partir de la première phrase de « Voyage au bout de la nuit » . Les étudiants y introduisent quelques mots pris dans le livre et indiqués par le professeur. Une occasion aussi pour eux de découvrir ou de redécouvrir un auteur. « Les élèves prêtent une attention croissante aux règles de la langue », constate Joseph Mahé . « Au détour d'un couloir, j'entends même parfois des réflexions telles que : mais si, je t'assure que c'est un verbe du 3ème groupe ! ». BC
| De nombreuses enquêtes ont été menées sur la baisse du niveau de nos élèves en français. Quelques constats : - « Près de 15 % des enfants qui entrent en 6e ne savent pas lire correctement ». Caroline Brizard, « Entretien avec Claude Thélot », Le Nouvel Observateur, 15.09.05. - « Un élève de 1976 avait suivi en milieu de 5e autant d'heures de cours de français qu'un élève entrant en seconde en 2004 »… « Des professeurs de lycée ont fait passer à 2 300 élèves de seconde générale ou technologique une dictée assortie de questions de grammaire, puis les ont corrigées à partir des barèmes et consignes en vigueur jusqu'en 1999 au brevet des collèges…De 28 % d'élèves en 2000 qui ont eu zéro à la dictée du brevet de 1988, la proportion est passée à 56 % en 2004 ». Emmanuel Davidenkoff, « Des élèves de plus en plus nuls en dictée, à qui la faute ? », d'après une évaluation de l'association « Sauver les lettres » , Libération, 02.02.05. - Parmi plus de 10 000 personnes de 18 à 65 ans résidant en France Métropolitaine, 9 % ayant été scolarisés dans notre pays sont proches de l'illettrisme (ont de fortes ou assez fortes difficultés à lire et à écrire). - En lecture seule, 7 % des personnes des 18-29 ans sont en graves difficultés. D'après l'enquête Information et Vie quotidienne menée fin 2004. INSEE Première, N° 1044, Octobre 2005. BC
| Un auteur en herbe… | Le crayon de bois Le crayon à papier vit dans toutes les trousses. Aujourd'hui, souvent, il est laissé à l'abandon au profit du critérium. De temps en temps, il sort de son habitation, pour écrire un brouillon. Il peut être raturé le crayon de bois. On peut l'effacer à la gomme. Il peut s'user, encore et encore, être taillé pour le relancer. Cependant, le crayon à papier n'est pas inusable. A force de le raccourcir, il se voit mourir. Stéphane, élève de BTS 1ère année à Agritec |
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