Réformer... par Yvon Le Norcy / Présence n°188 / juillet-août 2008

On va réformer les lycées (un recteur d'académie est chargé de faire des propositions) ; on va réformer l'enseignement professionnel ; on va réformer le bac pro (c'est en cours), les CAP (c'est la conséquence), les BTS et les licences professionnelles (c'est une nécessité européenne) ; on va réformer le métier d'enseignant (on a créé une commission ad' hoc), tout cela dans le cadre de la révision générale des politiques publiques. A ce rythme-là, reconnaîtrons-nous encore l'école dans quelque temps ?
Si l'on voulait faire de l'humour, on pourrait dire qu'il n'y a qu'un seul élément qu'on n'a pas encore décidé de réformer dans l'école : ce sont les élèves. Il est vrai que l'école est là pour les former, et que tous les projets de réforme sont en principe conçus pour les aider à progresser dans la construction de leur personnalité, de leurs compétences et de leur projet professionnel et personnel.
Mais est-on bien certain qu'en annonçant régulièrement une nouvelle organisation du bac ou du CAP, une innovation refondatrice des filières professionnelles, une « optimisation » des moyens éducatifs, les élèves et étudiants perçoivent que c'est d'abord à eux que l'on s'intéresse ? Est-ce qu'en ce moment de fin d'année, on les sent en appétit de reprendre à la rentrée prochaine avec des programmes refondus, des options restructurées ou des passerelles repositionnées ?
Les entreprises qui ont besoin de main d'oeuvre qualifiée et d'acteurs entreprenants ont-elles le sentiment que toutes ces réformes constituent de meilleures réponses à leurs attentes ?
Sur ce point il en va de l'école comme de toute autre partie de la société : si ceux qui sont censés tirer partie d'une réforme ne sont pas associés à sa préparation, ils ne peuvent en percevoir le sens et risquent d'en devenir de simples spectateurs, plutôt que des acteurs engagés positivement dans sa mise en oeuvre.
Après les vacances, à la rentrée, il va falloir commencer l'explication de textes qui ne sont pas encore tout à fait écrits. La participation des élèves, des étudiants, des parents, celle des acteurs socioéconomiques ou professionnels au succès des rénovations est à ce prix ; mais c'est sans doute la condition pour qu'ils en attendent quelque chose de positif, et qu'ils coopèrent à la construction nouvelle.
Alors la réforme aura une véritable chance de réussir, qu'il s'agisse de celle des bac pro, de la transformation des CAP ou de la nouvelle structuration du lycée général.