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De la crispation à la médiation

Retour sur le colloque organisé conjointement par les associations FARRE et FNE. Entre les défenseurs de l’environnement et le monde agricole, les relations sont souvent difficiles et pourtant ...

« Les premiers dénoncent un modèle agricole dominant qui porte atteinte à l’environnement et qui ne permet pas d’assurer durablement notre souveraineté alimentaire. En retour, les agriculteurs font valoir qu’ils travaillent au sein d’un système qui leur laisse de moins en moins de marges de manœuvre et que les discours des défenseurs de la nature et de l’environnement sont trop éloignés des réalités du terrain ».

Deux sujets cristallisent particulièrement cette tension : les pesticides et les algues vertes.

 

L’association FARRE - Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement a souhaité recréer du lien entre les deux parties. Elle s’est adressé à France Nature Environnement - FNE, qui s’inscrit dans la même volonté de  sortir de la crispation et d’engager agriculteurs et défenseurs de la nature et de l’environnement dans une réflexion commune.

 

C’est dans ce cadre que le colloque « De la crispation à la médiation » a eu lieu le jeudi 27 septembre à l’Assemblée Nationale. Le CNEAP, soutien de cette initiative, était présent lors du débat.

 

Plus de 320 personnes étaient réunies à cette occasion, ce qui montre l’intérêt et la volonté partagée de dialoguer entre agriculteurs et environnementalistes. Partage qui apparaît d’ailleurs clairement sur le blog ouvert depuis le 6 septembre et qui restera actif pendant deux mois : http://www.delacrispationalamediation.net

 

La journée a été ouverte par Bertrand Pancher, député de la Meuse et président de « décider ensemble ». Il a réaffirmé que « la méthode de la concertation et du débat public est la seule qui peut réussir face à ces sujets difficiles » … « Le développement durable, c’est parier sur le long terme et mettre l’humain au cœur du dispositif, ce qui permet d’identifier collectivement les problèmes, de trouver les solutions et de les partager ».

 

Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, ne pouvant être présent, a fait parvenir un court message vidéo dans lequel il a renouvelé sa confiance au dialogue constructif entre les défenseurs de l’environnement et les agriculteurs.

 

Christophe Grison, Président de FARRE et Bruno  GENTY, Président de FNE ont été invités à introduire la journée.
Christophe Grison, suite à de nombreux échanges avec FNE a souhaité la tenue de cette journée , affirmant qu’il est possible de « passer d’une logique de face à face à une logique de côté à côte sans perdre son âme ». Les points d’accord et désaccord doivent être mis en évidence pour servir de base à la médiation.
Il a rappelé que la campagne de photos-montage réalisée par FNE il y a deux ans a beaucoup choquée ; elle a finalement constituée le point de départ de cette rencontre du 27 septembre.
Le grand public a une vision assez passéiste de l’agriculture, mais il faut sortir de cette confrontation stérile.
FARRE a donc proposé à FNE de débattre sur fond, ce qui a lancé le processus de dialogue pour tenter de sortir des postures et des clichés. « Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises agricultures, la question est bien plus complexe. Et n’oublions pas que l’agriculteur produit également du lien social et du paysage »!

 

Bruno Genty, quant à lui, a rappeler que « la crispation vaut finalement mieux que l’indifférence et les consensus mous ».
La FNE a tiré la sonnette d’alarme car certains systèmes agricoles portent gravement atteinte à la qualité de l’eau, à la santé des agriculteurs, à la qualité des sols, … Cette crispation ne concerne pas pour autant toutes les formes d’agriculture : l’agriculture bio ou à bas niveau d’intrants est beaucoup plus en accord avec les équilibres naturels.
Le président a réaffirmé que les algues vertes et les pesticides sont deux problèmes emblématiques et la filière de la production a aussi sa responsabilité dans ces domaines.
Concernant les pesticides, FNE rappelle qu’ils sont présents dans l’air, les eaux superficielles et els sols. La santé des agriculteurs est donc également concernée.
FNE alerte mais est attachée à contribuer à trouver des solutions respectueuses de l’environnement et économiquement viable. La transition écologique ne peut pas être l’immobilisme. Ainsi, en allant vers l’excellence environnementale, on peut avoir des atouts économiques. Ces changements doivent être acceptés par les professionnels et soutenus par les citoyens.
C’est d’ailleurs en mettant les citoyens au cœur du débat que l’on pourra les mobiliser.

 

Claudine Joly, Administratrice FNE, vétérinaire de formation, conseillère FNE, spécialiste de la question des pesticides, et Franck Garnier, Président de l’UIPP - Union des Industries de la Protection des Plantes, et Président de Brayer SA ont ensuite exposé la problématique des pesticides avant de laisser place à la table ronde qui s’est déroulée dans une ambiance correctes, mettant en avant des positions pas toujours en accord mais dans une écoute responsable et respectueuse des différentes parties.
Ont échangé sur le sujet : Benoît Collard, agriculteur dans la Marne, Cyrill Favalle, agriculteur dans l’Eure, Bertrand Omon, expert filières à la cellule nationale d’animation Ecophyto et ingénieur réseau DEPHY, et Jean Paul Bordes, responsable du département recherche et développement - Arvalis - Institut du végétal.

 

Le débat sur les algues vertes, présenté par Bernard Chevassus au Louis, inspecteur général de l’agriculture au CGAAER et Lionel Vilain, conseiller agricole FNE a confronté les avis partagés de Yvette Doré, maire d’Hillion, commune des Côtes d’Armor touchée par le problème, Danielle Evin, agricultrice, Gilles Huet, délégué général de l’association d’ERB et Jean Pierre Tillon, directeur scientifique d’InVivo.
En introduction, Bernard Chevassus au Louis a mentionné le rapport sur la prolifération des algues qui rappelle qu’il faut une conjonction de plusieurs facteurs : des algues vertes prêtes à proliférer, du soleil, de la chaleur, un milieu physique favorable (eau stable, transparente, …), des apports en minéraux. Ainsi, il n’y a pas de relation simple entre les quantité de nutriments et l’importance des marées vertes, et il est primordial de distinguer les facteurs limitants et les facteurs de contrôle du phénomène.
Il semble que l’un des axes de réflexion soit la régulation des apports en éléments minéraux.
Lionel Vilain a rappelé que chaque année, 50 000 à 70 000 m3 d’algues vertes s’échouent sur les côtes bretonnes. Les élevages hors-sol sont en partie à l’origine de cette invasion et il ne faut pas nier la responsabilité de l’agriculture, en particulier celle de l’élevage hors-sol. Malgré tous les efforts de la profession agricole pour la gestion des lisiers, on est face à des excédents structurels de ces lisiers et des problèmes énormes d’épandage.

 

Aux termes de ces deux débats, Jean Paul Delevoye, Président du Conseil économique, social et environnemental a pris la parole et affirmé que la méthode initiée est fondamentale : « nous sommes dans une société en métamorphose. Quand nous sortirons de la crise, la société que nous allons connaître n’aura plus rien à voir avec l’actuelle » … « la force des collectifs s’est construite autour des espérances, des peurs et des humiliations » … « le problème, aujourd’hui, est celui de la régulation ». « Il faut remettre l’humain au cœur de nos préoccupations, s’enrichir de nos différences » … « Quand les acteurs sont forts, ils ne peuvent se construire que dans le dialogue ».

 

Après le déjeuner, Michel Griffon et Erick Orsenna, les deux grands témoins de la journée ont synthétisé les échanges de la matinée avant de laisser la parole à Franck Teitgen, avocat au barreau de Paris. Comme il l’a rappelé en introduction, la médiation permet de se rencontrer physiquement au même endroit, de se dire des choses, de mettre en œuvre un principe de proportionnalité : « Fâchons-nous pendant que l’on discute et trouvons des solutions ».
Ainsi, Franck Teitgen a cité les points de désaccord et les points d'accord :

 

Points de désaccord :

  • Sur le niveau d’élevage des porcs en Bretagne,
  • Sur le temps,
  • Sur le niveau de réduction des produits phytosanitaires,
  • Sur les attentes de la technologie,
  • Sur le caractère efficace de certaines solutions,
  • Sur le rôle de la génétique

Points d'accord :

  • Sur la nécessité de produire et de faire des progrès sur l’impact écologique de la production agricole,
  • Sur le maintien du dialogue et l’élargissement à d’autres acteurs,
  • Sur les indicateurs permettant un diagnostic partagé sur la situation
  • Sur la nécessité de mettre en place une procédure

Voici à présent les propositions des deux parties :

FARRE sur les pesticides :

  • Concernant les pesticides : passer d’une logique de moyens à une logique de résultats. Il faut penser global mais agir local et ainsi aller vers une réduction des impacts
  • Inviter une délégation de FNE lors du SIMA - Salon International du Machinisme Agricole pour participer à lutter contre l’image passéiste de l’agriculture.

FARRE sur les algues vertes :

  • Maintenir le fonctionnement du comité entre FNE et FARRE pour concrétiser les engagements pris,
  • Nécessité de renforcer le lien avec le milieu pédagogique : un corpus commun entre FARRE et FNE : travaux sur les TPE pour montrer l’interaction entre la production agricole et la gestion de l’environnement,
    • Faire évoluer les systèmes de production en adéquation avec les territoires :
      Réalisation d’une étude pour la mise en place d’un plan porc vert (avec le CGAER), intégrer les différentes recherches,
    • Etes-vous prêts à mobiliser vos organisations pour développer l’élevage de proc dans d’autres régions que la Bretagne ?
    • Mettre en place un comité régional en Bretagne pour aborder la question de la valorisation des algues et la mise en place d’indicateurs

FNE sur les pesticides :

  • FNE souhaite absolument voir aboutir un protocole, c’est-à-dire faire émerger une agriculture ayant un rapport beaucoup plus étroit au milieu. L’enjeu est aussi économique, par rapport à l’indépendance de nos systèmes agricoles.
  • Le plan Ecophyto 2018 reste le plan de travail. Ce plan a été accepté par l’ensemble des acteurs qui ont participé au Grenelle. Il faut ainsi faire le constat de la pratique à aujourd’hui et faire en sorte que les bonnes pratiques dans ce domaine donnent envie au plus grand nombre de s’engager dans la démarche.

FNE sur les algues vertes :

  • FNE préconise un diagnostic partagé qui pourra constituer un préalable pour pouvoir envisager des solutions. Il faut « profiler » l’avenir en imaginant des solutions.

Francis Teitgen a procédé à la conclusion sous forme d’un modus operandi. Une charte de médiation sera adressée au plus tard le 5 octobre aux présidents de FARRE et FNE.

Elle contiendra :

  • un donner acte sur les désaccords,
  • un donner acte sur les accords ou sur les sujets susceptibles d’aboutir à un accord (méthode et procédure pour organiser de manière pérenne le dialogue entre FARRE et FNE, en en plus élargir ce dialogue).

L’absolue priorité est de :

  • définir conjointement les outils pour permettre un constat partagé des situations,
  • définir des objectifs communs et raisonnables. Ils seront définis par étape et chacune fera l’objet de contrôle par des experts impartiaux afin de mesurer le degré de réalisation.

Ces bonnes pratiques seront valorisées conjointement auprès du grand public.

 

Enfin, tous se sont accordés sur la place nécessaire à donner à la jeunesse dans ce dossier. Il faut lancer une réflexion commune sur une pédagogie des enjeux agricoles et environnementaux à destination des écoles, collèges et lycées.

Delphine Batho, ministre de l’écologie est venue conclure cette journée en saluant, tout d’abord l’initiative innovante et responsable : « cela représente ce que doit être le dialogue environnemental ».

Elle a réaffirmé la volonté de son ministère de travailler conjointement avec le Ministère de l’agriculture et ceci dans l’intérêt des deux ministères. « Le monde agricole n’est pas une réalité unique, il y a une situation d’urgence pour le maintien du nombre d’exploitations, pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail » ... « Il ne s’agit pas d’avoir une vision trop simpliste ou caricaturale de la situation » … « L’ambition de faire de la France une nation exemplaire dans l’ambition environnementale ne doit pas être une contrainte » … « Il y a des progrès accomplis qui méritent d’être salués, même si cela est encore insuffisant : verdissement de la PAC, ouverture du comité national sur celui-ci, nouveau plan agriculture bio, … » … « Il faut soutenir les démarches exemplaires : promouvoir de nouveaux modèles agricoles en dépassant les oppositions entre les tenants d’une agriculture moderne et les tenants d’une agriculture environnementale. L’avenir est un modèle nouveau autour d’une agriculture écologiquement intensive (l’agro foresterie par exemple) ».

 

Chaque partie souhaite maintenant que le travail engagé se poursuive, tout en préservant les intérêts de chaque patrie et leur reponsabilité.

 

Publié le 02 octobre 2012